lundi 5 février 2007

Colombie - L'assassinat de Yolanda Izquierdo


Colombie. L’assassinat d’une défenseure des droits humains relance la controverse sur le processus de démobilisation des paramilitaires

Amnesty International condamne l’assassinat, le 31 janvier dans la ville de Montería, dans le département de Córdoba, de Yolanda Izquierdo, défenseure des droits humains. Des hommes armés, que l’on soupçonne d’être en lien avec des groupes paramilitaires soutenus par l’armée, ont tiré à plusieurs reprises sur elle, selon les informations qui nous sont parvenues.

Yolanda Izquierdo avait reçu plusieurs menaces de mort depuis décembre 2006 ; elle les avait signalées aux autorités locales quelques jours auparavant, demandant qu’une protection lui soit accordée. On pense généralement que c’est son rôle de représentante des personnes ayant survécu à des atteintes aux droits humains commises par les paramilitaires, lors du procès du dirigeant paramilitaire Salvatore Mancuso, qui lui a valu ces menaces.

Cet assassinat était clairement destiné à faire taire tous ceux qui sont assez courageux pour s’élever contre les atteintes aux droits humains, crimes de guerre et crimes contre l’humanité notamment perpétrés par des paramilitaires comme Salvatore Mancuso, par ceux qui ont soutenu les paramilitaires politiquement, économiquement ou militairement, certains membres des forces de sécurité notamment, ainsi que par de puissants groupes politiques et économiques.
L’assassinat de Yolanda Izquierdo suscite une nouvelle fois de sérieux doutes sur le processus censé être de démobilisation, qui continue de méconnaître le droit des victimes à la vérité, à la justice et à des réparations et qui, de toute évidence, a échoué à démanteler les groupes paramilitaires.

Amnesty International n’a cessé de dire que les groupes paramilitaires poursuivaient leurs opérations et continuaient de violer les droits humains partout dans tout le pays, en dépit des assurances du gouvernement colombien selon lequel plus de 30000 combattants ont été démobilisés.

Amnesty International appelle les autorités nationales compétentes à ouvrir au plus vite une enquête approfondie et impartiale sur le meurtre de Yolanda Izquierdo et à adopter les mesures nécessaires pour protéger les témoins souhaitant prendre part aux audiences.

Complément d’information
Depuis 2003, les groupes paramilitaires ont entamé un processus de démobilisation de leurs combattants avec l’appui du gouvernement. Dans le cadre des dispositions légales adoptées pour faciliter ce processus de «démobilisation» – principalement la Loi pour la justice et la paix – les membres de groupes armés illégaux souhaitant bénéficier de la procédure établie par la Loi pour la Justice et la paix sont tenus de prendre part à des audiences spéciales au cours desquelles ils doivent donner le détail des atteintes aux droits humains auxquelles ils ont participé.

lundi 15 janvier 2007

Le gouvernement colombien affirme qu’Ingrid irait bien


Communiqué du: Comité de soutien a Ingrid Betancourt et des otages en Colombie

IngridBetancourt-idf.com - Paris - 15/01/07
C’est avec surprise que nous avons pris connaissance des différentes déclarations réalisées par des membres du gouvernement colombien, aujourd’hui et hier.

Les Ministres de la Défense et de l’Intérieur colombiens ont en effet, tour à tour, annoncé qu’Ingrid était vivante et en bonne santé mais surtout qu’ils avaient des éléments crédibles les autorisant à de tels propos. Si nous espérons que ces propos sont véridiques, nous ne sommes pas moins consternés de constater que le gouvernement colombien préfère en aviser la presse sans en informer la famille ni au préalable ni jusqu’à présent. Car s’il y a matière à penser qu’Ingrid est vivante, sa famille doit savoir pourquoi et dans les plus brefs délais. Un autre point attire notre attention toute entière : le gouvernement colombien n’a cure des déclarations réalisées par la famille d’Ingrid, le gouvernement français et le Comité de soutien quant à un refus de toute opération militaire pour la sauver. Nous avons la conviction que si un tel procédé était employé, Ingrid serait très probablement tuée par les FARC.

C’est pourquoi nous invitons le gouvernement colombien à cesser de pratiquer une politique de l’autruche ignoble qui ne prend pas en compte les sentiments comme les volontés des proches d’Ingrid . Les FARC comme le gouvernement colombien doivent comprendre qu’il est temps de passer à la table des négociations car il n’est dans l’intérêt de personne que les otages meurent. Il est donc fondamental que les deux parties oublient les crispations qui animent leurs exigences pour parvenir à la seule solution digne de raison. Pour mémoire, cela fait près de 4 ans que nous sommes sans preuves de vie d’Ingrid et de sa collaboratrice, Clara Rojas, des preuves de vie que nous réclamons aux FARC.

LEXPRESS.fr - Paris plaide pour un accord humanitaire pour Ingrid Betancourt - L'Express

LEXPRESS.fr - Paris plaide pour un accord humanitaire pour Ingrid Betancourt - L'Express

Le ministre français des Affaires étrangères et les proches d'Ingrid Betancourt ont relevé lundi "avec interêt" les déclarations sur son état de santé et plaidé à nouveau pour un accord humanitaire.

Le ministre colombien de l'Intérieur, Carlos Holguin, a déclaré que la Franco-Colombienne, otage de la guérilla marxiste des FARC (Forces armées révolutionnaires), était "en bonne santé", en précisant qu'il s'appuyait sur une information "crédible".

Dans une déclaration commune, Philippe Douste-Blazy et la Fédération internationale des comités de soutien à Ingrid Betancourt soulignent avoir demandé "à plusieurs reprises une preuve de vie indiscutable des otages".

Ils rappellent également leur hostilité "à toute opération de sauvetage des otages par la force qui pourrait porter atteinte à leur sécurité".

"Nous souhaitons que la libération de notre compatriote et des autres otages intervienne dans le cadre d'un accord humanitaire et restons en contact régulier avec les autorités colombiennes à ce propos", ajoutent-ils.

La famille et les proches de l'ancienne candidate des Verts à la présidentielle, enlevée le 23 février 2002, ont exprimé la crainte que le gouvernement colombien ne tente de la faire libérer par la force après l'évasion début janvier d'un ancien ministre détenu depuis 2000 par les rebelles.
Fernando Araujo, ex-ministre du Développement, a dit s'être échappé à la faveur d'une offensive de l'armée contre le camp où il était retenu captif.

dimanche 14 janvier 2007

Ingrid Betancourt sera libérée par la force


La presse colombienne rapporte aujourd'hui les déclarations du gouvernement colombien qu'Igrid Betancourt et les otages retenus par les FARC seront libérés par la force militaire.

Sans donner de précision, le ministre colombien de la Défense, Juan Manuel Santos a soutenu dimanche dans un entretient avec l’hebdomadaire El Espectador, qu’Ingrid Betancourt, ex-candidate aux élections présidentielles enlevée en février 2002 par les FARC, était "vivante et en bonne santé". Il a également réaffirmé que le gouvernement tenterait de libérer les otages, dont Mme Betancourt, par la force, ce à quoi s’opposent farouchement les familles des otages, les organisations de défense des droits humains et la mère d’Ingrid Betancourt. Ceux-ci exigent une solution négociée à la libération des otages retenus par la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). "Malgré beaucoup de peine pour mon amie Ingrid ainsi que sa très respectable mère et tout le respect pour le gouvernement français, le traitement de Ingrid Betancourt sera le même que pour tout soldat ou policier retenu en otage", a rappelé M. Santos. Il a aussi fait valoir la nécessité d'avoir "le même traitement pour tous, car il ne peut pas y avoir de traitement de première ou seconde classe".

samedi 13 janvier 2007

Libération de Freddy Muñoz : Reporters sans frontières salue une "sage décision"

Reporters sans frontières se félicite de la remise en liberté, le 9 janvier 2007, de Freddy Muñoz, correspondant colombien de la chaîne latino-américaine Telesur. Poursuivi pour “rébellion” et “terrorisme”, le journaliste était détenu depuis le 19 novembre 2006. Il reste néanmoins inculpé.

“Compte tenu de la faiblesse des preuves à charge contre Freddy Muñoz, la justice a rendu une sage décision en le libérant. Néanmoins, et pour les mêmes raisons, il serait curieux que les poursuites soient maintenues alors que rien n’étaye les accusations de “rébellion” et “terrorisme” qui pèsent sur le correspondant de Telesur. Nous espérons donc que l’inculpation de Freddy Muñoz sera rapidement levée et que des mesures de protection seront prises en sa faveur”, a déclaré Reporters sans frontières.

Correspondant colombien de la chaîne latino-américaine Telesur, Freddy Muñoz, 36 ans, est sorti, le 9 janvier, de la prison de Baranquilla (Nord), où il était détenu depuis cinquante jours. Constatant la faiblesse des éléments à charge dans l’instruction ouverte contre le journaliste, le parquet du Tribunal supérieur de Bolívar avait ordonné, quatre jours plus tôt, sa remise en liberté. La même juridiction a cependant maintenu les chefs d’inculpation et autorisé la poursuite de l’enquête.

Freddy Muñoz avait été arrêté, le 19 novembre 2006, à l’aéroport de Bogotá, alors qu’il revenait de Caracas où se trouve le siège de Telesur. Il avait par la suite été inculpé de “rébellion” et “terrorisme” pour sa participation présumée à un attentat commis en 2002 par la guérilla des Forces armées révolutionnnaires de Colombie (FARC), qui n’avait pas fait de victimes. Trois guérilleros détenus avaient témoigné contre le journaliste, mais sans pouvoir donner son nom ni son signalement. L’un d’eux s’était finalement rétracté. Par ailleurs, des expertises médicales avaient démontré que les cicatrices que porte Freddy Muñoz n’étaient pas dues au maniement d’explosifs.

L’avocat du journaliste, Tito Gaitán, a confié à Reporters sans frontières que juste après la libération de son client, des hommes se prétendant agents du Département administratif de sécurité (DAS, service de renseignements militaire) se sont rendus à la prison de Baranquilla pour interroger ses codétenus. L’entourage de Freddy Muñoz craint que sa libération n’expose le journaliste à des représailles. Le 17 septembre 2004, le sociologue Alfredo Correa de Andréis, soupçonné lui aussi de liens avec les FARC, avait été assassiné à sa sortie de prison.

vendredi 12 janvier 2007

Bangladesh. Les droits humains menacés tandis que la tension monte à l’approche des élections

Amnesty International s’inquiète de la menace grandissante que fait peser sur les droits humains au Bangladesh la crise politique dans laquelle le pays est en train de s’enliser. Un appel national à la grève a été lancé par une alliance d’anciens partis de l’opposition dirigée par la Ligue Awami ; des informations font état d’un recours excessif à la force par la police et par l’armée ; depuis le 7 janvier, plus de 200 personnes auraient été blessées, certaines d’entre elles gravement, dans des heurts entre la police, l’armée et les manifestants.

Le 3 janvier, l’alliance de l’opposition menée par la Ligue Awami a annoncé qu’elle boycotterait les élections législatives prévues le 22 janvier. L’alliance accuse le gouvernement intérimaire actuel, chargé de superviser l’organisation et le déroulement des élections, de privilégier le Bangladesh Nationalist Party (BNP, Parti nationaliste du Bangladesh), principal parti dans l’ancienne coalition au pouvoir. L’alliance de l’opposition demande la démission du chef du gouvernement de transition, une réforme des listes électorales existantes et le report de la date du scrutin. La Ligue Awami envisagerait un mouvement de grève le jour des élections.
Le BNP de son côté a fait part de sa confiance dans le gouvernement de transition et veut que les élections aient lieu à la date prévue, même sans la participation des partis qui auront appelé au boycott des urnes.

La ligne de fracture entre les principaux partis politiques continue de s’élargir, aucune solution n’ayant été trouvée pour aplanir les différences. Beaucoup craignent que les affrontements violents entre partisans des partis rivaux ne dégénèrent et ne se traduisent par de nouvelles pertes en vies humaines, des blessés graves et des dégâts matériels.

Des dizaines de personnes auraient été tuées et des centaines d’autres blessées lors des affrontements violents qui ont opposé militants de l’opposition et partisans de l’ancienne alliance au pouvoir ces deux derniers mois. La plupart des auteurs de ces violences seraient des militants du BNP et de la Ligue Awami. Toutefois, aucun des deux partis n’a condamné les violences perpétrées par ses membres, en rejetant le plus souvent la responsabilité sur ses adversaires.

Le gouvernement de transition a fait savoir que, selon la Constitution, des élections doivent se tenir dans un délai de quatre-vingt-dix jours à compter du 28 octobre 2006, date de dissolution du précédent parlement. Le gouvernement de transition a déployé l’armée et lui a conféré des pouvoirs élargis en matière d’arrestation et de détention afin d’être sûr que les élections pourront avoir lieu le 22 janvier.

Amnesty International craint que les clauses garantissant le respect des droits humains par les membres des forces de l’ordre et de l’armée lors d’actions de répression visant les membres de l’alliance d’opposition ne soient, dans le contexte actuel, particulièrement insuffisantes. À diverses reprises, des policiers et des militaires ont fait un recours excessif et inutile à la force, frappant à coups de bâtons des militants de l’opposition qui, pour la majorité, manifestaient de manière pacifique selon les informations dont nous disposons. Lors de quelques manifestations, des militants de l’opposition ont aussi fait usage de bâtons, certains auraient jeté des briques et des bombes incendiaires sur les policiers. Les forces de l’ordre ont répliqué à coups de gaz lacrymogènes et de balles en caoutchouc.

Amnesty International reconnaît qu’il est de la responsabilité du gouvernement d’assurer la loi et l’ordre. L’organisation demande toutefois instamment aux membres des forces de sécurité de respecter les droits humains, de n’avoir recours à la force que de manière proportionnelle et seulement lorsque cela est strictement nécessaire. Amnesty International craint également que les pouvoirs élargis accordés à l’armée en matière d’arrestation et de détention n’amènent les forces armées, comme cela s’est déjà produit dans le passé, à commettre de graves atteintes aux droits humains. L’impunité accordée aux auteurs d’atteintes aux droits humains dans le cadre d’opérations de rétablissement de l’ordre public constitue un sujet de préoccupation important en ce qui concerne le pays.

En dépit de l’implication présumée de membres des forces armées dans le recours excessif à la force, les exécutions extrajudiciaires et des actes de torture au cours de précédents déploiements, aucun militaire n’a eu à rendre compte de ses actes devant la justice à notre connaissance. Amnesty International s’inquiète de constater que les gouvernements successifs semblent avoir fait en sorte d’assurer l’impunité aux membres des forces armées. Fin 2002, par exemple, plus d’une quarantaine d’hommes seraient morts sous la torture après avoir été arrêtés par l’armée. Plutôt que d’enquêter sur ces morts et de traduire en justice les responsables présumés, le gouvernement d’alors a accordé aux militaires une immunité juridique les mettant à l’abri de toutes poursuites.

Dans l’atmosphère actuelle de tension politique qui règne dans le pays, Amnesty International considère qu’il est impératif que tous les partis politiques et le gouvernement de transition veillent ensemble à la protection des droits humains de toutes les personnes – quelles que soient leurs convictions politiques.

Amnesty International demande instamment au gouvernement de transition de déclarer clairement, de toute urgence, que militaires et policiers à tous les niveaux seront tenus personnellement responsables de leurs actions et omissions et qu’ils auront à rendre des comptes. Le gouvernement doit faire en sorte qu’en aucune circonstance des membres des forces armées ou de la police se voient accorder l’impunité pour des atteintes aux droits humains commises lors de l’actuel déploiement de ces forces.

Amnesty International s’inquiète de voir le droit de participer à la vie politique mis en danger par une violence qui engendre de graves atteintes aux droits humains. L’organisation demande instamment aux dirigeants de tous les partis politiques de condamner avec force cette violence, de traiter sérieusement la question de l’implication de certains de leurs membres dans des actes de violence et de veiller à ce que les auteurs présumés de tels actes soient poursuivis en justice et jugés lors de procès répondant aux normes internationales d’équité des procès.

Source : http://web.amnesty.org/library/Index/FRAASA130012007

mercredi 10 janvier 2007

Lettre ouverte des grèvistes de la faim détenus au Canada en vertu d'un certificat de sécurité

Lettre ouverte à la population du Canada, de la part des détenus du Guantanamo canadien

Nous vous écrivons aujourd'hui parce que le gouvernement du Canada refuse de nous parler. Nous sommes trois hommes musulmans et sommes détenus en vertu d'un certificat de sécurité, sans accusation depuis de 5 à 6 ans et demi, et ce, sans avoir bénéficié d'une libération sous caution.

Plusieurs groupes, incluant Amnistie Internationale, ont décrit les certificats de sécurité comme étant fondamentalement injustes et déficients. Les Nations unies ont critiqué cette pratique. Présentement, la Cour suprême du Canada tente de déterminer ce que le Canada doit en faire.

Nous sommes détenus dans un endroit qui se nomme le Centre de surveillance de l'immigration de Kingston (CSIK), qui se trouve sur le terrain du pénitencier de Millhaven. Certaines personnes ont rebaptisé cet endroit le « Guantanamo du Nord ». Comme les captifs de la prison de Guantanamo à Cuba, nous sommes détenus indéfiniment. Cela constitue une forme de torture psychologique qui est quasi inimaginable. Nous ne savons pas à quel moment, ni même, si un jour nous en serons relâchés.

Nous avons encore plusieurs mois, voire plusieurs années, de prison devant nous, en attendant que nos dossiers cheminent à travers les différentes procédures judiciaires.

Nous avons été très patients et avons fait de notre mieux pour faire face à un processus contre lequel il est impossible de se défendre. Nous resterons patients et espérons qu'au bout du compte nous soyons libérés, car nous sommes des hommes innocents.

Mais il y a cependant une limite à ce que des êtres humains peuvent tolérer. Au-delà de celle-ci, les voix se lèvent et les gens se tournent vers des actes de dénonciation pacifique.

Nous sommes présentement en grève de la faim (nous ingérons uniquement des liquides) pour protester contre nos conditions de détention. Pour Mohammad Mahjoub, ça fait 45 jours. Pour Mahmoud Jaballah et Hassan Almrei, ça fait 34 jours. Nous ne voulions pas être en grève de la faim. C'est une expérience difficile pour nous et nos familles, mais c'est notre seule voix.

Lorsque nous étions détenus à Toronto, il y a eu plusieurs grèves de la faim pour protester contre nos conditions de détention. À cause de cela, la nouvelle prison à Millhaven a été construite, ce qui a fait en sorte que nous soyons maintenant à trois heures de route de nos proches. Plusieurs promesses - telles que la mise en place de programmes de formation et d'une bibliothèque - n'ont pas été remplies. Nous n'avons pas les mêmes droits que les criminels condamnés, comme les visites privées avec nos familles. Et maintenant, comble de malheur, on nous refuse l'accès aux soins médicaux. Dans un cas, les injections contre l'hépatite C n'ont pas été administrées depuis le 2 septembre 2006. Aucune date de chirurgie nécessaire à guérir une blessure au genou et traiter une double hernie n'a encore été fixée, bien que nous soyons ici depuis le mois d'avril 2006.

Nos revendications sont très simples.

Nous demandons qu'un surveillant soit à nos côtés pour tous nos déplacements dans l'établissement. Ceci est particulièrement important pour nos allées et venues entre l'unité de vie et l'autre pavillon, et lorsque nous allons à l'édifice Millhaven pour nos soins de santé. Sans la présence de ce surveillant, un gardien pourrait formuler de fausses accusations à notre égard. Comme nous l'avons trop souvent constaté ici, lorsque notre parole est confrontée à celle d'un gardien, le personnel prend la défense du gardien.

Dans le cas où nous ne serions pas accompagnés par un surveillant dans nos déplacements vers l'édifice administratif, les soins médicaux doivent être prodigués dans l'unité de vie même. Nous n'avons pas refusé l'offre de soins médicaux. Au contraire, nous voulons recevoir des soins médicaux. Des soins nous étaient donnés dans cet endroit avant le 10 septembre 2006, mais maintenant que nous refusons de nous rendre à l'édifice administratif sans la présence d'un surveillant - une décision que nous avons prise pour notre propre sécurité - on utilise cet argument pour nous priver de soins médicaux.

Nous aimerions pouvoir contacter les médias sans que les gardiens soient présents pendant les entrevues. À Metro West, nous avions un accès privé aux médias, et ce, sans nécessiter la permission de la prison.

Nous voulons que le décompte quotidien des prisonniers cesse. Nous ne sommes que trois détenus, et cet exercice est humiliant et inutile.

Nous aimerions utiliser des cartes d'appel pour contacter nos familles à l'étranger. Le KIHC nous oblige à utiliser le plan interurbain le plus dispendieux, celui que nos familles n'arrivent pas à s'offrir parce qu'elles vivent de l'assistance sociale. Puisque nos appels sont de toute façon surveillés, il est absurde que nous ne puissions utiliser des cartes d'appel moins chères.
Nous voulons les mêmes droits que les autres détenus fédéraux : l'accès à une bibliothèque, la possibilité de suivre un programme de formation ainsi que des visites privées avec nos familles, où nous pouvons vivre ensemble pendant trois jours chaque mois.

Notre « cour » est un petit coin de béton. Trois mètres plus loin, il y a un grand espace vert, mais nous ne pouvons pas en profiter. Il est présentement entouré de deux clôtures, et personne ne l'utilise. Il n'y a aucune raison qui justifie le fait de nous empêcher de profiter de cet espace l'extérieur.

Parce que les désagréments persistent ici, nous nous voyons dans l'obligation d'aller à la racine du problème : l'absence d'un corps indépendant ou d'un médiateur neutre et l'absence de traduction lors des réunions avec le personnel (l'anglais n'est pas notre langue maternelle). Toutes nos plaintes au sujet du personnel sont traitées par le personnel lui-même. Ces personnes ne sont pas objectives et par conséquent nos plaintes sont toujours rejetées, sans possibilité de faire appel. C'est une injustice. Il n'y a pas non plus d'ombudsman avec lequel nous pourrions parler. On nous a dit de faire parvenir nos plaintes à la Croix Rouge, mais nous n'avons pas le droit de les appeler. Par ailleurs, la Croix Rouge n'exerce de toute façon aucune autorité sur cette prison.

Finalement, ce que nous voulons, c'est d'être traités comme des humains. Tous les êtres humains ont des droits. Nous désirons retrouver nos proches, mais en attendant ce moment, nous désirons vivre avec dignité, même ici, au Guantanamo Nord. Il n'y a aucun motif lié à la sécurité pour lequel cela ne peut être possible.

Nos cours pleurent en réaction à la souffrance que nous voyons en ce monde. Nous tentons chaque jour de faire face à des vies qui nous ont été volées sur la base de secrets. Dans cette situation, nos familles sont, elles aussi, confinées en prison. Nos enfants veulent que nous soyons à la maison avec eux, pour jouer, pour aider aux devoirs et nous souhaitons les voir grandir. Nous espérons que ce jour viendra bientôt.

À plusieurs reprises déjà, des gens de partout au pays se sont mobilisés pour nos droits et nous aimerions les remercier du fond de nos cours. Nous nous trouvons présentement dans une situation très difficile. Si le gouvernement ne veut pas nous parler, nous espérons au moins qu'il vous entendra, vous.

Contactez vos députés, écrivez aux journaux et appelez Stockwell Day pour lui demander de régler les problèmes au KIHC. La douleur que nous ressentons à cause de cette longue grève de la faim est aussi vécue par nos familles et nos amis. Tous se préoccupent vivement de notre état de santé. Les procès secrets, comme ceux que nous subissons, blessent la démocratie canadienne.

Il n'y a que la justice qui pourra guérir les plaies.

Mahmoud Jaballah
Mohammad Mahjoub
Hassan Almrei

Publication originale: La tribune du verbe http://www.latribuduverbe.com/archives/2007/01/lettre_ouverte_des_grevistes_d_1.html